Monsieur Dell, parlez-moi de la culture du bâti. De quoi s'agit-il ?

Jos Dell : Construire un bâtiment implique un impact très important sur l’environnement. D’un point de vue architectural, la qualité doit donc être au rendez-vous : on ne construit pas que pour soi-même mais aussi pour les autres. En cela, le respect du patrimoine est l’une des valeurs associées à la notion de "culture du bâti". Construire une maison de style provençal au Luxembourg par exemple, cela n’a pas de sens. Bien sûr tous les goûts et couleurs sont dans la nature mais avec un peu de culture architecturale, on doit pouvoir concevoir des bâtiments qui s’intègrent dans leur environnement. Il y a des règles à respecter c’est vrai, mais un bon architecte doit pouvoir interpréter les textes intelligemment. Les nouvelles constructions ne doivent pas forcément être uniformes, toutes teintées de noir et de gris. On peut trouver les petites notes d’originalité qui feront du bâtiment une oeuvre unique tout en respectant les règles et le patrimoine.La culture du bâti est également liée à l’aspect social de l’architecture. Un bâtiment est fait de pierres inertes mais ces pierres abritent la vie. Les architectes travaillent pour que la vie puisse s’épanouir au sein des bâtiments qu’ils conçoivent. Ils doivent permettre aux gens de se rencontrer, de vivre ensemble. C’est une mission essentielle du métier.En fait, la notion de culture du bâti n’est pas bien connue du grand public. En règle générale, les gens n’ont pas une connaissance profonde de l’architecture car c’est un métier qui touche à énormément de domaines. Pour pallier cette lacune, l’OAI – l’Ordre des Architectes et des Ingénieurs-Conseils – met en oeuvre de multiples actions et accorde une certaine importance à sa communication. L’ordre publie notamment un guide de référence et organise une remise des prix destinée à faire valoir une architecture et une ingénierie de qualité*: le Bauhärepräis. Mais ce n’est pas tout, l’OAI met aussi en place des séances d’information dans les écoles primaires et dans les lycées, et organise diverses conférences. Nous essayons d’atteindre un public assez large, ce qui n’est pas toujours facile. Dans les pays nordiques, aller voir un architecte est plus ancré dans les moeurs qu’au Luxembourg. Pourtant, la relation qui existe entre un architecte et son client est très intime. Surtout lorsque le client est un particulier.*www.oai.luComment cela se passe-t-il lorsqu'un particulier vient vous voir pour un projet de construction ou de rénovation ?J. D. : Un dialogue ouvert entre architecte et client permet de mieux cerner les attentes des deux parties. Deux points importants sont abordés : la définition exacte des besoins du client et les traductions architecturales qui peuvent en découler. Construire une maison est bien souvent le plus gros investissement d’une vie. Il est important que le client comprenne le projet. Certaines personnes n’ont jamais vu d’esquisse ou de plan architectural de leur vie, il faut pouvoir les accompagner. Une fois que la relation est installée, on peut commencer à développer le projet avec le client. On crée une image extérieure et intérieure et on intègre le projet au terrain en fonction des contraintes de temps et de budget. Cette phase se termine par l’autorisation de construire.Ensuite, nous développons le projet à plus grande échelle. Nous entamons les demandes d’offres aux entreprises. C’est aussi une phase importante : un des rôles de l’architecte, c’est d’être le chef d’orchestre du projet et de rassembler tous les acteurs qui y prennent part. L’OAI a mis en place des groupes de travail pour améliorer la coordination entre les différents acteurs de la conception, notamment les architectes et les ingénieurs-conseils (pour la structure et la technique du bâtiment). Le respect mutuel entre toutes les personnes qui travaillent sur un projet est primordial. C’est une des clés du succès.La 3ème et dernière grande étape, c’est le suivi d’exécution du projet. Les travaux débutent et nous surveillons le chantier. Cette phase se termine finalement par la réception.Généralement, du moment où le client vient nous voir avec un projet jusqu’à la réception de celui-ci, 3 à 4 ans s’écoulent. Cela ne sert à rien d’aller le plus vite possible, d’autant plus qu’une petite erreur peut engendrer de graves conséquences par la suite. Il est important d’investir du temps dans une bonne planification.Je me souviens de clients qui sont venus me voir pour la construction de leur maison. Ils étaient propriétaires d’un terrain à Luxembourg depuis un certain nombre d’années et ils souhaitaient construire une villa classique luxembourgeoise. Au fil du temps, l’esprit des clients s’est ouvert à d’autres possibilités et, même si le résultat final se veut relativement simple, l’architecture de la maison est plutôt atypique. Ces gens se sont intéressés au métier d’architecte, ils s’étaient même acheté des revues spécialisées. À la fin du projet, ils étaient plus méticuleux que mes collaborateurs eux-mêmes ! Je me souviens qu’un jour, ils m’ont téléphoné pour me demander conseil dans le choix de leurs meubles. Cette histoire est un bon exemple de cette relation forte dont je vous parlais précédemment.

On parle beaucoup de maisons à basse énergie, de maisons passives... De quoi s'agit-il exactement ?

J. D. : Pour qu’une maison soit énergétiquement convenable de nos jours, elle doit tout d’abord présenter une enveloppe bien fermée et isolée au niveau du toit et de la façade. La ventilation est très importante également. La ventilation mécanique assure le renouvellement de l’air à l’intérieur du bâtiment. Elle consiste en un circuit secondaire situé dans le sol dont la température est plus ou moins constante toute l’année. En hiver, l’air qui circule est légèrement réchauffé et en été, il est légèrement rafraîchi.Une maison à basse énergie demande peu d’énergie primaire pour chauffer le bâtiment tandis qu’une maison passive franchit un pas en plus dans le sens où les besoins en énergie sont quasi nuls. Ce n’est pas encore l’énergie zéro mais presque. À partir de 2017 au Luxembourg, toute nouvelle maison devra respecter le standard énergétique "maison passive". Le but est de devenir le plus indépendant possible des énergies fossiles."Chez M3 Architectes, nous nous efforçons de faire de l’architecture avec un grand A et non de l’architecture commerciale. Parmi nos collaborateurs, les profils sont polyvalents même si chacun possède des atouts : certains ont plus d’affinités avec le design, d’autres sont plutôt orientés techniques du bâtiment, etc. Nous travaillons sur des maisons unifamiliales mais aussi des résidences, des projets tertiaires, des immeubles mixtes, des bâtiments d’équipements, … la panoplie est assez large. Une chose est sûre, quelques soient les circonstances, nous accordons beaucoup d’importance à la relation client et au conseil indépendant."